FESTIVAL LABORATOIRE ÉVASIONS

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LANDRY AMON

Mise en scène et interprétation LANDRY AMON

À propos

MON RAPPORT AU SUJET

Lors de mon premier voyage en France, j’ai vu pour la première fois des gens qui mendiaient et dormaient dans la rue. Ces gens dormaient vraiment dans la rue et parmi eux, il y avait des personnes âgées. Ça m’a frappé. Cette situation est impossible dans mon pays.
Je n’avais pas eu le temps de marcher dans les rues, donc à ce moment-là, je n'ai pas vraiment pu observer.

Quand je suis revenu pour m’installer en région parisienne, j’ai vu qu’il y avait partout des gens à la rue et je me suis posé des questions. J’ai commencé à discuter avec eux.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est le regard de ces personnes. Il y a quasiment deux mondes, le « nôtre » et le « leur », et je me suis demandé comment, entre ces deux mondes, on se regardait.

Pendant un moment, il y avait un SDF qui vivait près de chez moi. Chaque jour, je lui donnais des pièces. Pourtant je ne gagnais pratiquement rien car, à ce moment-là, ma femme travaillait pour nous deux, mais quand elle revenait des courses, j’allais lui donner la monnaie.

Soudain, je ne l’ai plus vu pendant une dizaine de jours. J'ai commencé à m’inquiéter pour lui comme un père s’inquiéterait pour son enfant. Et puis il est revenu.
Quand je me suis senti soulagé de le revoir, alors je me suis dégoûté moi-même. Car il serait mieux ailleurs, en fait.

Je reviens un peu à mon pays : il n'est pas impossible de dormir dans la rue. En Afrique, si une personne âgée dort dans la rue, c’est probablement un fou. Autrement, il y a toujours de la famille pour l’accueillir. Même si c’est un jeune, qui a perdu son boulot.
Par contre, dans certains quartiers d’Abidjan, où des maisons ont été détruites (à Cocody, Vridi, Port-Bouët) parce que les terrains ont été vendus à des puissances étrangères, là, je sais que depuis peu, des gens dorment dans des cimetières, sur les tombes.

Revenons maintenant en Europe. Des Africains sont venus ici et leurs parents n’ont plus de nouvelles depuis des années. Ils disent que leur enfant les a abandonnés. Mais ils ne savent pas qu'il crève peut-être sur un trottoir. De froid, de faim, de solitude, ...

Voilà une deuxième raison qui m’a poussé à travailler ce sujet, pour des spectateurs d’ici et de là-bas. Parce que mes jeunes compatriotes qui croient encore à l’Eldorado doivent aussi apprendre que tout n’est pas rose ici.

INTENTION DE MISE EN SCÈNE

A travers cette pièce, je veux parler de la solitude plus que de la problématique politique des Sans Domicile Fixe. Je souhaite que la question politique naisse du spectacle, en chaque spectateur, à partir de la question du regard. La pièce est tenue par les variations du regard : du regard du personnage sur lui-même, du regard de chaque spectateur sur le personnage, mais aussi sur la relation entre les deux mondes et enfin le regard du monde « normal » sur lui-même.

L’absence de mots pendant la première partie du spectacle, puis la progression du jeu corporel jusqu’à l’apparition de la parole. Enfin, la résolution que j’imagine après un monologue long et dense, bousculera les spectateurs, ébranlera leurs positions intimes : s’ils étaient Méprisants, ils seront appelés à devenir Timides et s’ils étaient Timides, ils se demanderont si la position du Samaritain ne vaut pas la peine d’être tentée.

Car à la fin du discours du personnage, j’inviterai le public à venir sur scène, les spectateurs pourront venir me toucher, m’embrasser, ou tout simplement boire un café chaud avec celui qu’ils auront vu à distance pendant trois quarts d’heure. En brisant symboliquement le quatrième mur, j’espère faire faire à chaque spectateur le chemin que j’ai moi-même fait pour comprendre, autant que possible, les émotions qui animent les personnes qui vivent dehors.

Trois axes nourrissent et structurent le récit et sa mise en scène.

Le premier est le regard, cette notion vient de mes rencontres avec plusieurs personnes avec qui j’ai noué une relation de confiance, ici en France, au cours de mes errances dans la ville et les couloirs du métro et du RER.
Il vient aussi des livres que j’ai lus, écrits par des SDF ou des travailleurs sociaux : ces textes posent des mots sur les sentiments que chacun, à sa manière, éprouve.

Il vient enfin de mon expérience d’étranger à Paris. Le regard que je porte sur votre monde et le regard que certains Français portent sur moi me font éprouver de l’intérieur la réalité de deux mondes qui se regardent.

Le deuxième est le travail organique et corporel, qui s'inspirera d'images photographiques des SDF observés dans la rue, dans leur quotidien, dans ce qu'ils laissent à voir malgré eux. Ce travail organique et corporel s’appuie également sur le récit que vous allez lire ci-dessous.

Enfin, le troisième axe est rythmique. La pièce joue sur des contrastes très marqués :
Le tissu, seul accessoire du personnage est noir et gris.
Le temps est scindé en deux, avec une première partie muette et extrêmement physique, et une deuxième partie qui prend la forme d’un monologue où le personnage est immobile, figé.
La lumière sculptera un espace entre ténèbres incertaines et clarté inconfortable.
La solitude totale s’opposera à la réunion finale des spectateurs et du comédien.
Et au cœur de cette structure très marquée, le rythme intérieur, organique, du personnage, sera la véritable musique de la pièce. Une musique silencieuse, où la respiration intérieure, biologique, du personnage, donnera la pulsation du spectacle et portera les changements de ses états d’âme.
Obligé de percevoir des gestes parfois minimaux, le spectateur entrera en résonance avec les actions et les réactions du personnage, habitant avec lui le silence total de sa solitude.

Enfin, je travaille de manière à ce que le dispositif de mise en scène permette au spectacle d'être présenté en salle et « à la rue ».

Auteur

Comédien de nationalité ivoirienne, Landry Amon est né le 30 octobre 1989 à Aya-mé (Côte d’Ivoire).
 

En 2009, après son Baccalauréat en art dramatique au Lycée d’Enseignement Artistique à Abi- djan, il intègre l’École Nationale de Théâtre et de Danse (ENTD) à l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle ( INSAAC ) d’Abidjan, où il en sortira avec un Master en pra- tiques théâtrales.
 

Il quitte pour la première fois son pays natal en 2014 avec «Sniper» mis en scène par Ivica Buljan, dont la tournée théâtrale se déroulera entre la Côte d’Ivoire, la Slovénie et la Croatie.

 

Le metteur en scène hollandais Javier Lopez Pinon le contacte en 2015, pour l’accompagner dans la mise scène et interpréter «L’Afrique des fous» qui sera joué dans les gares routières d’Abidjan. En 2016, il s’exporte cette fois-ci en France, dans la pièce «Monologue d’Or et Noces d’Argent», mise en scène par Fargass Assandé et Yaya MBilé Bitang en collaboration avec le Théâtre de l’Union (Limoges). Par la suite, il joue dans «The Island» mise en scène par Yaya Mbile et «Carmen de Bracody» mise en scène d’Abass Zein en 2017, puis «Agonie» mise en scène par lui-même en 2018.

 

Installé en france dépuis Décembre 2018, Il joue en 2019 en Allemagne dans la perfor- mance INSTICT mis en scène par Nicole Nagel, et en France dans INADAPTE une création de Sirine Achka. C’est aussi un metteur en scène primé deux fois avec «Monokozoi», premier prix de Théâtre à Vacances Culture 2015 en Côte d’Ivoire, et le Prix de la Meilleure Interprétation au Festival Universitaire du Bénin en 2016 avec la pièce «Elikia». Landry Amon se fait également remarquer au cinéma en 2016, dans le long-métrage «Sans Regret» de Jacques Trabi, dans un des rôle majeur (Faustin) aux côtés de Bruno Henry, Michel Bohiri et Naky Sy Savane. Depuis, il a tourné sous les caméras de Mohamed Bensouda et de Samir Benchikh, dont les projets sont en post-production à l’heure actuelle.

L'ÉQUIPE

Suivi administratif et Accomagnement à l'écriture Olivier Daunizeau

Regard extérieur Sirine Achkar, François Kéléka

 

Costume Maurine Lechaplais

 

Création lumière François Kéléka  

AUTOUR  DU  SPECTACLE

QUELQUES PRÉCISIONS SUR LA MISE EN SCÈNE

1. Construire le spectacle à partir du silence

Pendant toute la première partie, le personnage est complètement muet. Tout ce qui se passe est à comprendre à partir de la gestuelle. Il marmonne et il chante, mais les spectateurs n’entendent rien, ce qui crée une frustration, une volonté d’entendre, un intérêt pour ce que le personnage a à dire. Petit à petit, les spectateurs entrent en empathie avec ce personnage qui vit dans un autre monde que le leur.

L’attente de la parole est ensuite plus que comblée, par un monologue qui sera dit avec des variations de rythme et de ton : extrêmement rapide par moment, puis plus lent ; la colère sera projetée haut et fort, les moments réflexifs plus posés, et la litanie des noms sera parlée de façon respectueuse.

Du trop plein de silence au trop plein de mots, le son est un axe de mise en scène.

 

2. Le costume est le deuxième personnage

J’ai déjà travaillé avec un prototype du costume, comme les photos jointes au dossier permettent de le voir. Le tissu sert à s’abriter comme une tente, comme un sac de couchage, c’est une deuxième peau, ce que le personnage a de plus précieux, mais parfois il aimerait aussi pouvoir s’en débarrasser.

C’est un écran entre lui et nous, ce sur quoi on arrive à poser le regard quand on ne veut pas le regarder, comme le carton où les mendiants écrivent « j’ai faim, ... ».

Il devient un sac à dos, un baluchon, il peut également prendre la forme d’un chien couché à côté de son maître. Les possibilités du jeu avec le tissu sont infinies, c’est un alter ego du personnage, il me faut continuer à penser le dialogue entre eux deux.

 

3. Le travail des lumières

Dans ce contexte, la solitude, c'est le vide.
Ce spectacle doit aller à l'essentiel dans Ses moyens lumineux pour rester modeste.
D'une part, parce que le thème est lié à la notion de dépouillement (dépourvu/ épuré/minimal/modeste/démuni/dénudé). Ainsi le corps doit suffire à l'expression.
D'autre part, parce que la pièce doit garder tout son sens lorsqu'elle sera jouée en extérieur.

Néanmoins, pour les représentations en salle, la lumière sera pensée comme étant le regard du passant.
Lorsque le personnage est caché dans le tissu, la lumière se précise, s'accentue sur le tissu. Suggérant le regard des passants, car c'est dans ces instants où les SDF sont cachés que le passant se permet de poser un regard. Contemplant ou questionnant ce tas, cette forme humaine qu'il devine.

A contrario lorsque le personnage sort du tissu, se dévoile, le passant peine ne serait-ce qu'à jeter un regard sur le sdf. Ainsi la lumière sera plus diffuse. Mais viendra en éclat par intermittence dans son dos, sur ses côtés, comme des regards furtifs et fuyants.

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