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Théâtre de la Reine Clotilde - 77 Rue de Grenelle 75007 Paris

INADAPTÉS

SIRINE ACHKAR

Mise en scène SIRINE ACHKAR

 

Avec le soutien de la SPEDIDAM

À propos

La pièce évoque l’univers carcéral, mais plus particulièrement et surtout les aspects de l’enfermement. L’enfermement dans tous ses états : celui de l’esprit, du corps, celui de la déconnection du corps de l’esprit.

L’envie d’écrire ce texte est née à la suite de l’animation d’un atelier « théâtre et improvisation », au sein d’une prison française accueillant plusieurs profils de détenus, notamment des détenus atteints de troubles psychiatriques. Cette rencontre a fait émerger la question suivante : tout le monde a-t-il sa place en prison ? L’enfermement est-il la solution ? Quel jugement peut-on porter sur une personne ne possédant pas toutes ses facultés mentales ?

Dépassés par les circonstances, dépassés par leur vie, dépassés par le temps, les personnages de la pièce - aux profils très variés - se retrouvent liés par l’espace froid et austère de la prison. Ils sont liés par le vide de leurs nuits respectives et le manque : celui de la famille, celui de l’autre, le manque de perspectives aussi.

L’ailleurs est devenu leur fantasme. Le dehors, cet espace imaginé et imagé, souvent sublimé, est devenu la raison pour laquelle ils espèrent... mais qu’espèrent-ils vraiment ? Ont- ils raison d’attendre encore quelque chose de cet espace extérieur ? S’inspirant de la réalité, Inadaptés ne prétend pas pour autant à un réalisme sans faille, puisque les personnages oscillent entre une parole réelle et

concrète et une autre voix plus absurde, plus sombre, celle de l’inconscient de tout être emprisonné, que ce soit au sens propre ou figuré du terme.
Dans Inadaptés plusieurs détenus sont à la recherche de « l’asile artistique », d’un point de fuite, d’un espace qui les sauvera de l’étroitesse de leurs espaces intérieurs et extérieurs. L’atelier théâtre sera le cadre, comme le prétexte pour libérer une parole dévoilant la part d’humanité sommeillant au fond de chacun.

La parole dévoilée de manière volontaire va se confronter, au fil des dialogues des personnages, à une parole spontanée échappant à la censure de la raison.
Les évènements de la pièce s’accordent avec les différentes sessions de l’atelier théâtre, et ce afin d’aboutir à une représentation publique visant à rendre aux différents participants un peu de leur estime de soi... Ces sessions vont se révéler un terrain de confrontation entre deux mondes : celui de l’extérieur et celui de l’intérieur. Deux mondes évoluant en parallèle, sans jamais se confronter...

Auteur

Née au Liban, Sirine Achkar a développé une écriture nourrie de sa double culture, allant du Proche-Orient à la France.

Au cours de son parcours elle a développé plusieurs compétences : comédienne, metteure en scène et pédagogue, diplômée en Master art théâtral de l’université Paris VIII, après avoir été formée à l’atelier de la méthode Actor Studio, à l’atelier artistique et développement et à l’atelier d’expression théâtrale (direction Radca Riaskova). Ces formations lui ont permis d’avoir une vision d’ensemble de la création théâtrale.

Sirine Achkar a également participé à plusieurs stages de théâtre, les derniers au Théâtre de l’Epée de bois sous la direction de Jean Claude Penchenat et à l’ARTA sous la direction d’Eugenio Barba, de Jurij Alschitz et récemment de Simon Hanukai.

Parmi les rôles qu’elle a interprétés au théâtre : Cinq filles couleur pêche d’Alain Ball, mise en scène Radca Riaskova, Un monde comme puzzle d’après Un homme qui dort et Espèce d’espaces de Georges Perec, mise en scène Inès de Luna, Andromaque de Jean Racine, rôle d’Hermione, Les monologues du vagin d’Eve Ensler, De chair et de chimère, premier recueil poétique de Adeline Giustinati-Miermont, L’ombre de la vallée de John Millington Synge, rôle de Nora Burke, mise en Scène Yve Alain Lasnier.

Avec son écriture, Sirine Achkar convoque sur le plateau des textes dont le propos ne peut laisser indifférent : sans concession, engagés, les textes qu’elle met en scène ou écrit dénoncent l’indicible. Ses pièces sont autant de fenêtres ouvertes sur des aspects effroyables de nos sociétés.

En 2009, elle réalise sa première mise en scène, avec la pièce Je me tiens devant toi nue de Joyce Carol Oates

En 2012 elle adapte et met en scène la nouvelle Ces jours qui dansent avec la nuit de Caya Makhélé :

Une femme seule sur scène : Ariane tente de faire le deuil de sa fille assassinée il y a un an par son compagnon. Privée de la vie qu’elle a donnée, Ariane connaîtra la descente aux enfers, fuyant une réalité trop lourde à porter dans l’alcool et les rencontres d’un soir. La parole devient source de guérison, le moyen de se libérer de ses tourments. Rejetant une société dominée par l’homme et une vision imposée de l’identité féminine, Ariane exprime son point de vue singulier sur le monde qui l’entoure. Un monde en guerre, où les massacres se multiplient. Une référence intemporelle faisant écho à l’actualité...

Cette création a été lauréate de plusieurs Prix au courant de l’année 2014 :

- Prix de la meilleure comédienne dans le cadre du « Festival international du théâtre universitaire à Casablanca »

- Festival « Theater without Fund » à Alexandrie en Egypte : distinction pour le texte et la mise en scène.

Avec sa dernière création en 2016, le spectacle Nuits d'Automne, Sirine Achkar abordait le thème de l'exil, à travers une mise en scène mêlant son texte à la chorégraphie Hip Hop contemporaine de Didier Mayemba.
La pièce évoque l’amour, mais aussi et surtout l’exil. Elle questionne le lien entre l’exil amoureux et l’exil de la terre, le lien entre le corps de l’être aimé et les racines.

Les mots racontent les terres violées, victimes des stratégies malsaines de certains Etats. Ils témoignent du déracinement et sont pour Sirine Achkar les prolongements d’une sidération une émotion, d’un souvenir, d’une mémoire affective... autant de souvenirs auxquels elle tente d’imposer l’harmonie grâce à sa parole.

En 2018, Sirine Achkar écrit le texte Inadaptés, après avoir animé un atelier « théâtre et improvisation » au sein d’une prison. Le texte évoque l’univers carcéral, et plus particulièrement les aspects de l’enfermement : celui de l’esprit, celui du corps... un point de vue très personnel sur la prison.

L'ÉQUIPE

Avec Landry Amon, Denis Mathieu, Ben Rajca, Otis Ngoi

Création son et lumière François Kaleka  

AUTOUR  DU  SPECTACLE

Extraits du texte :

Kenzo : « moi aussi je suis coincé ici madame. Ils m'ont calé ici car ici ça finit avant. Cet atelier finit à 15h30 alors que le dessin ça finit à 17h. Ils ont voulu me punir. Ils cherchent constamment à me punir madame. Ils adorent les châtiments ici. Je préfère faire dessin madame. J'ai toujours préféré les expressions silencieuses. Petit, ma mère m'emmenait au marché. Je vendais mes dessins au marché. Je me tenais debout près de ma mère et j'exposais mes dessins. Elle, elle exposait ses tomates. Les femmes passaient, elles me caressaient les joues et les cheveux. Les hommes passaient, ils avaient constamment un clin d’œil pour ma mère. Elle était grande, avec des cheveux longs, noirs et longs. Elle était belle, ma mère... avec une marque dans le dos. J’étais capable de la reconnaitre... même parmi 10 000 femmes je la reconnaissais... même de dos... je la reconnaissais... Je l’ai déçue, j’ai déçu ma mère madame. Jamais, elle n’est venue me voir ici, jamais... Mais moi aussi j'ai eu une enfance heureuse. Moi aussi. »

 

Jamal: « moi au début je me suis senti oublié. Personne ne venait me voir. Oublié par la famille, en attente de jugement. J'ai attendu 27 mois mon jugement. En plus les cellules étaient fermées en maison d'arrêt. Pour me balader je prétextais vouloir appeler à la cabine. Et comme je n'avais personne à appeler je faisais des allers retours dans le couloir de la mort. J'étais content car j'avais le couloir pour moi tout seul. Personne pour m'importuner. Personne pour me rappeler que je ferais mieux de disparaître. Que si je disparaissais, cela ne dérangerait absolument personne, que je disparaisse... A la fin de la balade j'arrivais même à croire à ma liberté. Et puis pour me consoler je me racontais des histoires. Je me disais à moi même que plein de gens se sentaient enfermés dehors. Que plein d'hommes de l’extérieur détestaient leurs femmes. Et que d'autres se faisaient sauter exprès avec ou sans raison. Je finissais mon discours à moi-même par une petite prière que ma mère m'avait appris à l'âge de dix ans. »

Les personnages :

Damien est un homme d’âge moyen, forte corpulence à l’apparence très négligée... son gros ventre dépasse largement la limite de son pantalon. Il a tendance à répéter mécaniquement ce qu’il entend, ainsi que les indications de la professeure. Ses cheveux sont épais et sales. Il traîne les pieds en marchant et ses grands bras constamment ouverts laissent penser à un grand besoin de contacts humains. Il parle très peu - d’où le grand mystère qui plane sur son histoire personnelle.

Kenzo est un homme à la corpulence normale, ses gestes laissent deviner une grande timidité. Il a beaucoup de mal à parler et à exprimer ses émotions, à part lors des rares moments où sa langue se délie, laissant place à une parole sincère, résultat d’une énorme somme de paroles refoulées. Ses gestes hésitants et répétitifs laissent exprimer ses regrets. Parmi les détenus, il est celui qui exprime le mieux son envie d’ailleurs et sa nostalgie pour le monde extérieur, ses bruits, ses gens et ses espaces. Il est aussi celui sur lequel apparaissent le plus sur le visage les marques du manque, le

manque de chaleur humaine, de contact, de lien...

Sa confiance en lui est faible et le fait qu’il soit illettré n’arrange rien à la honte qu’il ressent souvent. Il a une fille de 9 ans et s’est retrouvé en prison suite à une bagarre qui s’est terminée par

des coups de couteau...

Jamal est le personnage à la présence la plus forte. Il est noir, grand, à la corpulence plutôt mince. Il a des dreadlocks. Son attitude extravagante le place souvent au centre de toutes les attentions. Il fait souvent le clown pour amuser la galerie, d’où la difficulté de distinguer si sa parole est sérieuse ou s’il blague. Ses gestes son grands, laissant prédire un grand besoin de reconnaissance ou un désespoir profond. Son caractère rebelle lui a valu plusieurs séjours au trou en guise de punition. Du reste du groupe, son ami le plus proche est Dimitri, avec lequel il partage une intimité amicale. Il ne cesse de clamer son passé de sans domicile fixe et ses lacunes en français. Il se dit étranger en France et ne cesse de réclamer un retour à son pays natal : la Jamaïque. Il est un excellent comédien à la voix rockeuse. Son indifférence apparente et ses coups de gueule répétitifs sont susceptibles de

cacher un grand besoin de reconnaissance et une grande solitude.

Dimitri est grand, beau et son profil psychologique est nettement plus sain que le reste de ses camarades. Il aime diriger, donner des ordres. Son attitude laisse prédire un passé de braqueur ou de dealer. Sa confiance en lui - du moins apparente - lui donne un ascendant psychologique sur Damien et Kenzo. Sa libération proche rend son humeur plus légère que celle de ses camarades. Ses tenues vestimentaires (bien plus soignées et plus tendance que le reste du groupe) donnent à penser à une présence des membres de sa famille à ses côtés. Il consacre une attention particulière à son apparence et à son hygiène. Les quelques regards avides d’assurance lancés souvent en direction de

la professeure révèlent un grand besoin d’être valorisé.

Scénographie :

La scénographie tend à refléter une atmosphère austère et froide. Elle met en avant deux espaces- temps : l’espace-temps concret de l’atelier théâtre se déroulant la journée et l’espace-temps plus sombre de la nuit, de l’enfermement, un espace qui abrite les désespoirs de la solitude du soir des détenus et les gestes d’un quotidien contraint de s’adapter à l’étroitesse des espaces.

Le lieu dans lequel se déroule l’atelier théâtre s’efface la nuit, pour laisser place à des cercles de lumière sombres marquant l’étroitesse des cellules.

La musique, les sons et les bruits tels le claquement des portes, les cris des détenus, les bruitages des clés et verrous, les voix des surveillants résonnants entre les murs du palais fermé font corps avec les autres éléments de la scénographie.

Les inspirations musicales électroacoustiques enveloppant l’atmosphère du soir renforcent l’austérité et la froideur du lieu.

La pièce évoque l’être humain déshumanisé, réduit à ses besoins les plus primaires, ainsi le soir tombé on aperçoit à travers les cercles-cages représentant les cellules des perches qui se tendent avec de la nourriture, il s’agit du repas du soir des détenus. Et on entend les pas des surveillants...

La scénographie utilise également un grand cadre, servant tantôt de fenêtre qui donne sur la cour - la seule vue sur l’extérieur offerte aux détenus - tantôt à délimiter l’espace dans lequel évoluent les détenus, qui de temps à autre s’isolent pour fumer près de la fenêtre, dégustant un des rares moments de liberté que leur offre l’atelier.

L’atmosphère générale de la pièce tend à souligner le décalage entre l’atmosphère du jour et celle de la nuit, durant laquelle la solitude atteint son pic, cette solitude enveloppée par un silence pesant sera exprimée par quelques danses improvisées par les acteurs, fruit d’un élan intérieur, laissant exprimer ce qui échappe aux mots : Les différentes névroses des détenus, résultat de l’enfermement, leurs obsessions et frustrations, leurs manques et leurs espoirs étouffés. Le langage du corps sera le terrain d’expression d’un inconscient qui se libère la nuit.

Le corps des détenus sera tout de même le terrain d’expression de cette déshumanisation de l’homme, nous découvrirons des corps tant maltraités et dont les mouvements sont plus proches de ceux des animaux que de ceux des humains.

La compagnie M-C-ART :

Sensible aux écritures contemporaines, et particulièrement concernée par la diversité culturelle, la compagnie M-C-ART a été créée en août 2010 par Sirine Achkar, comédienne, pédagogue et metteure en scène d'origine libanaise, diplômée en art du spectacle de l'université Paris 8. La compagnie est le fruit d'un parcours de 12 ans dans le milieu du spectacle vivant, alliant cursus universitaire et expériences pratiques au sein de plusieurs ateliers et compagnies de théâtre.

L'aventure de création a débuté dès les débuts de la compagnie en 2010, avec le spectacle Je me tiens devant toi nue de la grande romancière américaine Joyce Carol Oates. Le spectacle été présenté à Paris ainsi qu'à la 65ème édition du festival off d'Avignon.

L'objectif de faire découvrir au public des écritures singulières et nouvelles d'auteurs contemporains, nous a toujours animé. Parmi ces écritures, la pièce Ces jours qui dansent avec la nuit, lauréate de plusieurs prix dont deux fois le prix de la meilleure comédienne dans le cadre des festivals FITUC à Casablanca et Theater without Fund à Alexandrie.

Avec sa quatrième création, le spectacle Nuits d'Automne, la Cie aborde le thème de l'exil à travers une mise en scène mêlant le texte de Sirine Achkar à la chorégraphie Hip Hop contemporaine de Didier Mayemba.

L'activité de la compagnie se diversifie entre la création, la promotion de spectacles vivants et la pédagogie. Intégrer la création théâtrale dans des lieux qui ne lui sont pas dédiés.

Favoriser les échanges culturels et sensibiliser aux différentes formes artistiques font partie des préoccupations quotidiennes de l'équipe artistique de la Cie.
Notre conscience de la nécessité de susciter un intérêt pour l'art et la culture, aussi bien auprès des enfants dès leur plus jeune âge, qu'auprès des adolescents et des adultes, nous a incités à mettre en place plusieurs ateliers et improvisation, ainsi que des ateliers de fabrication et de manipulation de marionnettes au sein de différentes structures tels que les écoles, les centre de loisirs et les maisons de quartier.